Des agriculteurs dans le vent

Une vingtaine d’agriculteurs suivent depuis lundi une formation pour apprendre à construire une éolienne. Celle qu’ils ont fabriquée restera à Piton Hyacinthe, et d’autres devraient bientôt pousser un peu partout.

Les uns soudent, les autres rabotent, tous s’activent sous la houlette des formateurs de Ti’Eole pour construire leur première éolienne. Ils sont une vingtaine à participer à un stage de formation porté par le groupement d’agriculteurs biologique et initié par Bernard Hoarau. C’est d’ailleurs chez lui, à Piton Hyacinthe, que se déroule ce stage de cinq jours qui se termine aujourd’hui. «On a déjà mis des panneaux photovoltaïques qui couvrent environ 25% de nos besoins», explique Bernard Hoareau. Cet agriculteur bio qui tient une chambre d’hôte, aflîche sa volonté de promouvoir un tourisme durable. «Avec l’éolien on pense pouvoir augmenter sa production d’électricité. En hiver il y a du vent et c’est là qu’on a le plus besoin d’énergie pour chauffer les chambres d’hôtes>>, dit l’agriculteur qui a eu l’idée de proposer ce stage pour impulser une dynamique. «Il y a un projet d’autonomie énergétique à la Réunion, nous les agriculteurs on prend de l’avance», ajoute-t-il. La formation a été prise en charge par Vivéa pour les agriculteurs et par Pôle Emploi pour ceux qui ont suivi préalablement la formation «agriculture biologique» et n’ont pas encore pu s’installer. Pôle emploi précise d’ailleurs qu’une nouvelle session de formation à l’agriculture bio sera proposée en juin 2016 aux demandeurs d’emploi du Sud.

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Des agriculteurs bio se forment à la construction d’une éolienne à Piton Hyacinthe.

Sous l’égide des trois formateurs de Ti’Eole (venus de métropole), les stagiaires apprennent à fabriquer toutes les pièces de l’éolienne: la structure porteuse, le mât de 12 m de haut, la nacelle qui portera la génératrice (fait à partir de bobines de fils de cuivres, d’aimants et coulé dans la résine) et les pâles en bois, le safran (gouvernail permettant de maintenir l’éolienne dans le vent…). Tout est fait avec des matériaux courant pouvant être trouvé sur place. Cette éolienne, qui aura coûté quelque 4000 euros,et beaucoup d’huile de coude, devrait permettre de produire «de 1 à 8 kwh/‘jour selon le vent», précise Vivien Vossier, l’un des formateurs. Ce qui peut constituer un complément intéressant, mais aussi une solution pour ceux qui n’ont pas d’électricité.

«Subvention pour les éoliennes»

«Moi je suis en conversion sur une parcelle qui n’est pas alimentée en électricité donc ça m’intéresse», dit un stagiaire. «On voudrait éviter tout ce qui est pétro-chimique mais ce n’est pas facile», dit Dominique Bret installée en polycultureélevage sur la route de Matouta. «Le réseau électrique est à 1S0 mètres de la maison, on
n’est pas raccordé car ça coûte trop cher. On a des petits panneaux solaires et un groupe électrogène pour la machine à laver», dit-elle en soulignant que son but est d’arriver un jour à l’autosuffisance énergétique et alimentaire. L’agricultrice qui cherche a appliquer les principes de la permaculture a également un projet assez ambitieux de maraîchage en aquaponie. «Uéolienne pennettrait d’alimenter la batterie pour faire tourner les pompes»,dit-elle en soulignant qu’étant située sur une colline <<on a tout le temps du vent».

Même si une éolienne est d’un coût abordable, cela reste cher pour certains agriculteurs . «La Région devrait subventionner les éoliennes», estime l’un d’eux. «Au sein de GAB Formation, on envisage de financer le prix de l’éolienne pour nos agriculteurs», annonce Franck Guérard, directeur de GAB Formation. Ce qui devrait être assez incitatif pour que l’on voit bientôt pousser des éoliennes dans les champs.

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L’éolienne doit être montée aujourd’hui sur le terrain de Bernard Hoareau

 

Le Quotidien de la Réunion